Changements climatiques - 2e de 4 - Diocèse de Rouyn-Noranda

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Le chrétien face aux changements climatiques
Une contribution (2e article de 5) de Daniel Gagné - publication du 14 août 2023

On ne bougera pas avant d’avoir des morts dans notre cour arrière???

Voici le deuxième de ma série de quatre articles visant à outiller le chrétien pour s’engager dans la lutte aux changements climatiques. Le premier article, publié le 8 mai 2023, avait pour but de présenter les assises de l’implication chrétienne dans l’action environnementale. Ce second article va aborder des aspects plus techniques, à savoir résumer ce que la science (notamment la climatologie) connaît des mécanismes ayant mené au problème actuel du réchauffement à la surface du globe terrestre. Le contenu pourra paraître un peu aride et peu religieux, mais permettra aux intéressés, je l’espère, de se familiariser avec les concepts scientifiques de base reliés aux changements climatiques.

La planète Terre est un astre évoluant dans un cosmos rempli de changements et de bouleversements. À tout instant, des étoiles et planètes naissent, meurent ou se transforment. Les conditions physiques qu’on retrouve sur Terre (température, humidité, composition chimique de l’air, force gravitationnelle, etc.) sont donc elles aussi susceptibles de varier sous l’influence des modifications se produisant dans le système solaire ou la Voie Lactée. D’ailleurs, au cours de sa vie (4,5 milliards d’années) la Terre a évolué dans toutes sortes de directions. La vie animale n’y est apparue que récemment (vers les derniers 500 millions d’années). L’homme comme nous le connaissons aujourd’hui (homo sapiens) ne serait apparu que bien plus tard encore (il y a entre 100 000 et 40 000 ans). L’être humain est donc l’aboutissement d’une très longue série de transformations terrestres, incluant les modifications du climat. Mais depuis la fin des années 1990, des changements majeurs à l’équilibre climatique ont commencé à se manifester. Et ces changements sont survenus à cause de notre mode de vie (sur-utilisation de carburants fossiles et surconsommation de biens et services). Beaucoup d’espèces animales ont disparu à cause des changements climatiques survenus il y a des millions d’années. Le même sort attend-il l’homme maintenant? La situation est si grave que nous devons donner un solide coup de barre, si nous voulons éviter une catastrophe pour des centaines de millions de nos frères et sœurs. En tant que chrétiens, nous sommes responsables d’eux  ainsi que des animaux et des plantes qui ont fait la fierté de Jésus.
 
Comment avons-nous pu construire ainsi (sans le savoir) les armes de notre propre destruction? Voyons d’abord comment se produit le réchauffement climatique et ensuite nous étudierons comment l’activité humaine a pu arriver à le produire.
 
Cette présentation se base sur le dernier rapport (AR6.2021) du Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC), un comité de travail mis sur pied par les 192 pays membres de l’ONU auquel participent (bénévolement) plus de 1 000 experts qui ont passé en revue plus de 300 000 pages de publications scientifiques provenant de laboratoires situés dans tous les continents. Je présenterai dans cet exposé le rapport I (le premier, de trois), soit celui concernant les bases de la science physique appliquée à l’étude du climat.
 
Mise en contexte
 
De nos jours, on entend toutes sortes de statistiques plus ou moins alarmantes concernant les changements climatiques. Tous ces chiffres nous sont lancés à la figure sans qu’on sache trop d’où ils viennent et des limites qui s’y rattachent. On se fait une opinion : on « croit » ou on ne « croit pas » aux changements climatiques. Mais dans ce texte, je voudrais qu’on sorte du domaine des croyances pour aborder plutôt les faits. Passons-en en revue quelques-uns.

a-
Depuis la période allant de 1850 à 1950, la température globale à la surface de la Terre a augmenté de 1,09° C (en 2020), c'est-à-dire une moyenne de +1,6° C sur la terre ferme et de +0,88° C dans les océans.

b-
Un tel changement en si peu de temps ne s’est jamais vu dans l’histoire de la Terre depuis au moins 100000 ans.

c-
Il y a une relation proportionnelle directe entre la température sur Terre et le taux de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère proche. Ainsi, depuis 1995, nous sommes passés de 360 parties par million (ppm) de dioxyde de carbone (CO2) à 420 ppm (2020). Pendant cette même période, la température globale sur la terre ferme est passée de +0,66° C à +1,0° C (vs 1850-1950). Par contre, durant la dernière grande période glaciaire (il y a 200 000 ans), le CO2 dans l’air n’était qu’à 180 ppm et la température globale sur terre avait chuté de 6° C (vs 1850-1950).
 
d-
Cette augmentation récente des GES (CO2, méthane, oxyde nitreux, hydrofluorocarbones) est en grande partie attribuable aux activités humaines (production d’énergie, transport, bâtiments, agriculture, foresterie, etc.). Ces activités ont généré un cumul de 2 400 milliards de tonnes de GES entre 1850 et 2019. 58 % de cette quantité a été émise entre 1850 et 1989 (140 ans) et 42 % entre 1990 et 2019 (30 ans). Les GES peuvent aussi être produits par des phénomènes naturels (éruptions volcaniques, décomposition des végétaux, , etc.), mais jusqu’en 1850, la plupart de ces émissions naturelles étaient emmagasinées dans des « puits de carbone » (notamment les arbres et les océans) ou réduits par des poussières volatiles. Ce n’est que depuis l’augmentation récente (1990 et plus) des GES d’origine humaine que l’équilibre a été rompu. Ainsi, 40 % des GES d’origine humaine émis depuis 1990 sont toujours piégés dans la troposphère et vont y rester, car les puits de carbone naturels ne peuvent les absorber. Et à chaque année, ce 40 % augmente.
 
e-
Les émissions de GES d’origine humaine varient beaucoup d’une région à l’autre du globe (le mot « région » selon le GIEC signifie un vaste territoire pouvant contenir plusieurs pays, un genre de sous-continent). En 2019, 35 % de toute la population humaine émettait plus de 9 tonnes de GES par habitant chaque année, alors que 41 % des autres habitants de la planète émettaient chacun moins de 3 tonnes par année. Les plus riches (10 % de la population mondiale) émettent 40 % de tous les GES tandis que les plus pauvres (50 % de la population) en sont responsable de seulement 10 %.
 
f-
Cependant, les conséquences (sécheresse, inondations, tempêtes tropicales, feux de forêt, chaleur extrême, etc.) du réchauffement climatique frappent surtout les populations qui émettent peu de GES. Ce sont soit des régions côtières près des océans, soit des régions semi-arides (Sahel africain) ou arctique. Plusieurs de ces communautés regroupent des populations plus pauvres et démunies devant les désastres subis.
 
g-
À partir des données récentes (1950-2022) ainsi que par l’étude des écosystèmes préhistoriques (par ex. dans les calottes glaciaires) les scientifiques du GIEC ont pu construire des modèles qui peuvent prédire les conséquences futures pour chaque augmentation des GES par rapport à leurs niveaux actuels dans l’air. C’est à partir de ces modèles que l’on a pu prédire les répercussions futures selon qu’on réduira plus ou moins et plus ou moins rapidement nos émissions de GES (ce qu’on a appelé les « scénarios socio-économiques »).
 
h-   Mais pourquoi exactement les GES réussissent à augmenter la température à la surface de la Terre?
 
C’est à cause de ce qu’on a appelé « l’effet de serre ». Il vient du fait que les GES agissent comme le verre ou le plastique sur une serre. Ils laissent passer la lumière du soleil (celle qui réussit à traverser l’atmosphère) pour la transmettre vers la Terre. Or cette dernière a la capacité d’absorber la partie « rayons infra-rouge » dans la lumière du soleil, ce qui lui permet de se réchauffer. Mais durant la nuit, cette chaleur emmagasinée le jour est relâchée vers l’atmosphère, ce qui refroidit le sol. Or les GES en altitude vont bloquer une bonne partie des infra-rouges et les renvoyer vers la Terre, ce qui va contribuer à diminuer son refroidissement. Les GES existaient bien avant l’apparition de l’homme. En fait, le principal GES ce sont les nuages, plus encore que le CO2 d’origine naturelle. Si ce n’était pas d’eux, la température sur terre se maintiendrait à -15°C en moyenne au lieu des +15°C actuels. Donc les GES sont essentiels pour maintenir un climat tempéré sur Terre. Mais « trop, c’est comme pas assez ».  Plus de GES (d’origine humaine), ça signifie plus de rayons infra-rouges qui sont rabattus vers la terre chaque jour lesquels réchauffent encore plus le sol. Et à chaque jour, le soleil en rajoute encore, augmentant la chaleur redirigée vers la Terre. Un cercle vicieux s’installe, surtout si on continue d’augmenter à chaque année nos émissions de GES. On peut illustrer ce phénomène dans les schémas suivants :

 
Dans le schéma de gauche, on retrouve la situation qui prévalait avant l’augmentation (récente) des GES émis par l’homme. On peut y voir que la quantité de chaleur émise par la Terre ds l’atmosphère est plus importante que celle qui revient vers la Terre à partir des nuages. Par contre, dans le schéma de droite, la chaleur réfléchie vers la Terre par les nuages + CO2 devient plus importante (flèche de gauche plus grosse) que celle renvoyée à l’atmosphère (flèche du haut, à gauche, plus petite). Cette différence entre les deux figures provient uniquement de l’augmentation des GES dans la basse atmosphère.
 
i-     Le phénomène est plus complexe qu’il n’y paraît
 
Même s’il est relativement facile de mesurer la température globale à la surface de la Terre, il est par contre très difficile d’extrapoler ce résultat à chaque km2 de l’écorce terrestre. Ceci, parce que bien d’autres facteurs que les GES vont influencer le climat des différentes régions de la planète. Par exemple : les vents, les courants marins, les particules en suspension dans l’air, les échanges gazeux dans l’atmosphère, etc.  Certains de ces facteurs vont augmenter l’effet de serre mais d’autres vont le diminuer. D’autres vont agir à court terme pendant que d’autres agiront de manière très lente. Ce qui a pour conséquence de nous voiler ce qui se passe globalement à l’échelle de la planète si on s’arrête uniquement à comparer différentes régions de la Terre entre elles. Le GIEC a quand pu produire un outil interactif en ligne qui nous permet de vérifier quelles seraient les conséquences des changements climatiques d’ici à l’an 2100 dans chacune des « régions » de la Terre. (lien vers la carte interactive (en anglais) du IPCC - Panel intergouvernemental sur les changements climatiques) , mais ces régions sont très vastes, englobant plusieurs pays à la fois.
 
Une autre difficulté, c’est d’intégrer l’effet des changements de température des océans dans les modèles. Les océans se réchauffent beaucoup plus lentement que les sols. Par contre, ils se refroidissent beaucoup moins vite. Ce qui fait que, une fois amorcés, les perturbations des écosystèmes océaniques, peuvent durer beaucoup plus longtemps que la durée prévue d’action des GES sur l’écorce terrestre. En clair, même si demain matin on réduisait énormément nos émissions de GES, les océans continueraient de conserver leur chaleur pendant encore des centaines d’années. La remontée du niveau des mers (qui a déjà augmenté de 20 cm entre 1900 et 2018), semble donc inévitable mais il ne faut pas négliger l’énorme influence de la température des océans sur les courants marins, la formation et direction des vents, l’acidification et stratification des eaux de surface, etc. Tous ces événements interagissent ensemble pour créer un portrait d’ensemble d’une incroyable complexité, notamment si l’on veut faire des prédictions climatiques au niveau d’une « petite » région, comme le Québec par exemple.  
 
Les changements régionaux vs locaux et la perception du risque
 
Le manque de précision des modèles climatiques au niveau régional (encore plus au niveau local) crée un flou qui s’ajoute à ce qu’on appelle la «variabilité interne »du climat à l’échelle régionale. La variabilité interne se mesure avec les données météorologiques, dont l’objectif est de faire des prévisions du temps à court terme, contrairement à la climatologie, qui s’intéresse aux processus à long terme (sur des siècles, voire des millénaires). Or nous vivons dans un monde dominé par la météo à court terme.
 
Notre univers de référence, ce n’est pas la planète entière mais le micro environnement qui nous entoure (notre région administrative, par exemple). Or par définition, la météo est changeante, surtout sous nos latitudes où nous avons droit à quatre saisons bien démarquées avec, à l’intérieur de chacune, des « sautes d’humeur » de madame Météo d’une année à l’autre. On a des étés secs succédant à des pluvieux, des hivers doux suivis d’autres plutôt arctiques, des printemps hâtifs ou tardifs, etc. Nous avons aussi des années d’inondations, de feux de forêts, de tempêtes de vents, etc.
 
De sorte que nous n’avons pas de « mémoire à long terme » de la tendance qui se profile depuis les derniers 50 ans. Oui, le climat se réchauffe, mais parfois il se refroidit. Oui, il y a plus d’inondations, mais pas tout le temps. Bref, nous « voyons » de longues périodes de retour à la « normale » entre deux périodes de perturbations étonnantes.
 
Dans la vie courante, nous planifions à très court terme : l’achat d’une auto, d’une maison à la campagne, les prochaines vacances, etc. Même les exceptions qui  planifient à plus long terme le font sur des durées qui dépassent  rarement 10 ans : comme la hauteur d’un pont ou de la chaussée d’une route, les limites des « zones inondables », l’entretien des barrages, les cultures agricoles compatibles avec le climat local, etc.
 
C’est ainsi et il est peu fréquent pour nous d’envisager ce qui pourrait se passer dans 30 ou 75 ans. C’est pourquoi, il est si difficile de réaliser l’ampleur des conséquences attribuables aux changements climatiques. On ne les « voit » pas. On se contente d’y croire ou de ne pas y croire… à moins d’avoir vu des morts climatiques dans notre cour arrière. Mais devrions-nous attendre cela pour agir? Sera-t-il déjà trop tard à ce moment-là? C’est ce que nous verrons dans le prochain article.

Pour terminer, sur une note d'humour, voir la caricature de André-Philippe Côté (Le Soleil de Québec) au lien suivant : Changements climatiques!


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